Mercredi 1 mars 2006
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Il n 'y avait personne dans ce grand hall froid. Personne à part nous, Minouche et moi. Minouche, ma petite soeur, ma toute petite soeur qui pleurait. Je lui tenais la main. Fort. Où étions-nous? Et où était donc maman? Je ne pleurais pas, non. Mais ma gorge était serrée. J'avais peur. Mais je ne pleurais pas : Minouche tout contre moi hurlait. Elle avait besoin de moi.
Nous étions à l'orphelinat de Chartres, Saint Brice. Nous étions toute peItites. Minouche avait 3 ans, peut-être. Moi, j ' avais 6 ans, à peine. Je me souviens qu'il y avait une odeur particulière dans cet endroit. Et que Minouche dormait dans des lits à barreaux. Ca m'a marquée, ces barreaux. Il y avait une fille nommée Gisèle. On disait qu'elle était folle. Je me souviens aussi d'un directeur sévère qui avait fait irruption au réfectoire. Il avait parlé fort et nous avait ordonné de ne faire aucun bruit. Le silence avait régné ce soir-là au réfectoire. Et il y avait un bout de coquille d'oeuf coincé dans ma gorge, cela me gênait beaucoup mais je n'avais pas osé tousser. Je ne sais pas où était Minouche. Nous étions si petites.
Quelque temps après, nous avons été transférées à l'orphelinat de Saint Cherron. Et là, nous y sommes restées un certain temps. Ca m'a paru long. Il y avait plein d'enfants. Des filles, des garçons. Des grandes, des petites. Nous étions séparées en groupes. Minouche ayant trois ans de moins que moi, elle n'était donc pas dans le même groupe que moi. Je la voyais de temps en temps au réfectoire, mais nous n'étions pas à la même table. Au dortoir, nous n'étions pas dans le même box. Dans chaque box, nous étions quatre. Quate lits. Nous avions aussi un placard qu'on pouvait fermer à clef.
Nous avons passé plusieurs mois, plusieurs années dans cet orphelinat. Abandonnées. "Abandonnées"? Pas tout à fait car notre mère venait nous voir. D'abord, tous les week-ends, puis tous les quinze jours, puis de moins en moins... C'était une femme élégante, bien habillée, avec des talons aiguille. Maquillée. Et elle sentait bon le parfum qui coûte cher. A chaque visite, on la voyait au parloir. Elle tenait à nous changer, nous enlevait nos vêtements d'orphelinat, la blouse, notamment, et elle nous mettait nos belles affaires. Pourtant, on restait là. Au parloir. Elle ne nous emmenait pas. Elle apportait des jouets et on jouait. A chaque fois, elle nous donnait, à Minouche et à moi, chacune un gros sachet de bonbons. Plein de bonbons avant qu'elle parte, qu'elle nous laisse. Dans un sac Carrefour...Quand nous retrouvions nos copines, je leur en donnais. Je me souviens de l'odeur du sac à bonbons.
Je ne me rappelle pas que maman me manquait. Mais la nuit, j'avais du mal à m 'endormir, j'avais peur de mourir... Je me relevais et j'allais pieds nus sur le sol glacé, dans l 'obscurité, jusqu'aux lavabos de la grande salle de bains pour y boire. L'angoisse m'asséchait la gorge. Je faisais des cauchemars : un homme noir (pourquoi noir?) qui m'égorgeait. La voisine de ma mère qui me poursuivait autour de la table du salon. Des personnes étaient présentes mais ne faisaient rien. Elle me poursuivait, moi, et elle avait des ongles très très longs. Si elle me touchait avec ses ongles, je mourais. Elle me toucha, je me réveillai en sursaut, le coeur battant la chamade, terrorisée. Personne pour me rassurer, pour me consoler. Que le souffle des enfants qui dormaient...
Par Pauline
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Publié dans : tranches de vie
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